Conflit Touré Ahmed Bouah-Soumahoro Mory : de la confiance à la guerre foncière, les dessous d’une rupture
Touré Ahmed Bouah retrace les étapes de la rupture de confiance avec Soumahoro Mory dans une chronique
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L’aménageur foncier Touré Ahmed Bouah retrace, dans une chronique consacrée au différend qui l’oppose à son ancien collaborateur Soumahoro Mory, l’évolution d’une relation initialement fondée sur la confiance vers un conflit foncier majeur, mettant en avant une succession d’actes, d’alertes, de procédures et de constatations techniques.
Intitulé « Chronique d’un lotissement clandestin et des atteintes à la propriété foncière par Soumahoro Mory », le document, présenté comme un mémoire de 323 pages, entend, selon son auteur, permettre de comprendre les différentes étapes ayant conduit à la rupture entre les deux hommes.
Dans cette chronique, Touré Ahmed Bouah soutient que Soumahoro Mory avait initialement été associé à la protection et à la surveillance de plusieurs sites fonciers de SOPHIA SA. Un mandat daté du 14 janvier 2019 lui aurait notamment confié des missions de préservation de l’intégrité physique et juridique des sites, ainsi que de prévention des occupations, ventes et opérations de lotissement clandestines.
La chronique présente ainsi comme point de départ du différend une relation professionnelle fondée sur la confiance. Selon le document, plusieurs périmètres, dont ceux de 629, 433, 346, 162 et 17 hectares, étaient concernés par les missions confiées aux mandataires. Touré Ahmed Bouah estime que cette situation constitue le « paradoxe » central de l’affaire, celui qui devait contribuer à prévenir les désordres fonciers étant aujourd’hui accusé d’avoir participé à des opérations contestées.
Des premiers signaux aux opérations contestées
La chronique situe les premiers signes de tension dès 2019, avant de relever un épisode particulier en août 2022, avec l’existence d’un document coutumier portant sur un espace présenté comme situé à Quatre-Croix et couvrant environ 72 hectares.
SOPHIA SA conteste, selon le document, la validité et l’opposabilité de cette attestation, estimant que le périmètre concerné empiéterait sur des terrains couverts par ses propres droits et documents. Cette contestation aurait conduit l’aménageur foncier à demander que les limites soient vérifiées avant toute opération de morcellement ou de commercialisation.
La situation a ensuite évolué avec l’apparition, en 2023, de difficultés rencontrées par des acquéreurs pour prendre possession de certaines parcelles.
Entre 2024 et 2025, le document affirme que des conventions écrites relatives à des opérations de lotissement ou de morcellement dans la zone litigieuse ont été découvertes. Il cite notamment une convention faisant intervenir Soumahoro Mory dans un projet de lotissement à Anyama 4 Croix, ainsi que d’autres protocoles conclus par ESTP avec des personnes se présentant comme propriétaires terriens.
Pour Touré Ahmed Bouah, ces éléments sont en contradiction avec la mission initialement confiée à son ancien collaborateur, notamment celle de prévenir les opérations de lotissement clandestin.
Des alertes aux procédures
Face à la persistance des tensions, Touré Ahmed Bouah indique avoir saisi plusieurs institutions et autorités au cours de l’année 2025. Une réunion tenue le 11 novembre 2025 à Quatre-Croix, en présence notamment de représentants de la chefferie, de SOPHIA, de détenteurs de droits coutumiers, d’opérateurs économiques et d’acquéreurs, aurait porté sur les opérations de morcellement contestées.
Selon le procès-verbal évoqué dans la chronique, les participants ont décidé l’arrêt immédiat des opérations de lotissement, de vente ou de morcellement sur les sites concernés.
Malgré ces tensions, le document indique que Touré Ahmed Bouah a continué à accorder sa confiance à Soumahoro Mory et à ESTP. Un mémorandum mentionne notamment leur maintien, en décembre 2025, dans l’achèvement du lotissement d’un autre site rattaché au périmètre de 629,700 hectares.
L’audit et l’expertise technique comme étapes décisives
La chronique fait ensuite état d’une décision d’audit prise le 15 juin 2026 afin de clarifier la situation foncière et de déterminer les responsabilités éventuelles. Selon le document, cet audit devait notamment permettre de comparer les plans et coordonnées afin de vérifier la concordance entre les travaux réalisés et le périmètre confié.
Le mémorandum affirme toutefois que Soumahoro Mory et ESTP ont rejeté cet audit le 25 juin 2026. Le document précise néanmoins que ce refus, à lui seul, ne constituant pas la preuve d’une infraction, une procédure judiciaire visant notamment la révocation du mandat aurait ensuite été engagée le 24 juillet 2026. Le tribunal d’Abobo s’est déclaré incompétent au profit du tribunal de commerce d’Abidjan, une décision que la chronique présente comme ne tranchant pas le fond du différend foncier.
Le 28 août 2026, une mission a finalement été confiée à un géomètre expert agréé. Selon les conclusions techniques communiquées dans le cadre du dossier et rapportées par la chronique, le périmètre sur lequel Soumahoro Mory et ESTP ont réalisé leurs travaux ne correspondrait pas au périmètre qui leur avait été confié.
Une rupture de confiance au cœur du différend
À travers cette chronologie, Touré Ahmed Bouah présente donc l'affaire moins comme une simple querelle personnelle que comme une rupture progressive d’une relation professionnelle fondée à l’origine sur la confiance.
La chronique soutient que la connaissance préalable des sites et des obligations liées au mandat rendrait particulièrement lourds les griefs formulés contre Soumahoro Mory. Elle insiste notamment sur les questions relatives au respect des limites du mandat, à la loyauté contractuelle et à la poursuite d’opérations malgré les alertes et contestations.
Touré Ahmed Bouah prend toutefois soin de préciser que son mémoire n’a pas vocation à se substituer aux juridictions ni à établir une culpabilité pénale. Les éventuelles qualifications pénales évoquées dans le document, notamment le faux, l’usage de faux, l’escroquerie ou l’abus de confiance, sont présentées comme des faits susceptibles d’être examinés par la justice et non comme des culpabilités déjà établies.
Au terme de sa chronique, l’aménageur foncier estime que le différend doit surtout être compris à travers la question des limites du mandat et de la réalité des travaux effectués sur le terrain. Il considère que l’intervention d’un géomètre expert permet désormais de confronter les différentes versions aux coordonnées et aux périmètres effectivement établis.
Ainsi, selon Touré Ahmed Bouah, l’affaire illustre avant tout la spectaculaire rupture d’une relation professionnelle qui avait commencé sous le signe de la confiance avant de se transformer progressivement en un conflit foncier opposant désormais les deux parties.
Lambert KOUAME
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