La table ronde de Marrakech a révélé une exigence : sans règles claires et appliquées à tous, le sport perd sa crédibilité
À Marrakech, loin des pelouses et des scores de la CAN 2025, une autre discussion s’est tenue. Pas ou peu médiatisée. Plus discrète, mais autrement plus sensible. En janvier 2026, des journalistes africains accrédités, selon des sources présentes lors de ces assises, se sont réunis pour une table ronde informelle. Au cœur des échanges, une question qui dérange : le sport international applique-t-il vraiment les mêmes règles à tous ?
Le point de départ est connu : les sanctions visant les athlètes russes et biélorusses depuis le début de la guerre en Ukraine. Mais très vite, le débat dépasse ce seul cadre. Ce qui est interrogé, c’est la cohérence du système. Henock Séké, journaliste congolais, pose le décor sans détour. Oui, dit-il, les décisions du CIO peuvent se comprendre dans leur contexte. Mais une question persiste : pourquoi certaines situations entraînent-elles des sanctions immédiates, quand d’autres semblent ignorées ? Pour beaucoup d’observateurs présents à la CAN, cette différence de traitement, réelle ou perçue, fragilise l’idée d’un sport universel. Même constat du côté du Nigérian Kunle Souladja. Pour lui, le danger est clair : si le sport devient un outil d’exclusion variable selon les contextes politiques, il perd sa crédibilité. Le problème n’est pas seulement la Russie ou la Biélorussie. C’est la règle elle-même. Ou plutôt, son application.
Djakalidja Camara du Mali, met des mots sur un malaise largement partagé dans les tribunes de presse. Plusieurs journalistes évoquent un double standard entre les sanctions visant certains pays et l’absence de mesures comparables dans d’autres conflits, notamment au Moyen-Orient. Une comparaison sensible, mais révélatrice d’un doute plus profond : celui d’une neutralité à géométrie variable.
La discussion prend alors une tournure plus structurelle. Aimé Atti appelle à sortir de l’improvisation. Selon lui, le CIO et les fédérations internationales doivent fixer des critères clairs, lisibles et applicables à tous. Sans cela, chaque décision devient contestable, chaque sanction suspecte.
Abdoul Dembelé résume l’équation en une phrase simple : le sport ne peut pas échapper totalement à la politique, mais il ne peut pas non plus se permettre l’arbitraire. Si des règles existent, elles doivent valoir pour tous. Sinon, elles cessent d’être des règles.
Puis vient une prise de position plus frontale. Alain Meballe du Gabon, tranche. Pour lui, il est incohérent, et même injustifiable, d’exclure certains athlètes tout en laissant concourir d’autres issus de pays également impliqués dans des conflits ou accusés de violations graves. À ses yeux, une seule ligne est tenable : la même pour tous, sans exception.
Au fil des échanges, une idée s’impose. Ce débat ne concerne pas uniquement des pays ou des sanctions. Il touche à l’identité même du sport mondial. Est-il encore un espace neutre, un terrain de rencontre au-dessus des tensions ? Ou devient-il le reflet, parfois désordonné, des rapports de force internationaux ?
La table ronde de Marrakech n’avait pas vocation à trancher. Mais elle a révélé quelque chose de plus important : une exigence. Celle de cohérence, de transparence et, surtout, d’égalité. Car sans règles claires et appliquées à tous, le sport perd ce qui fait sa force : sa crédibilité. Et peut-être, à terme, son universalité.
Modeste KONÉ
Donnez votre avis