Édito
Aussi surprenant que cela puisse paraître, au terme d’un derby ivoirien attendu depuis plus de sept années, le sentiment dominant à la sortie du stade Félix HOUPHOUËT-BOIGNY, chez les Actionnaires comme chez les Membres associés, ressemblait à une forme de satisfaction partagée.
Une impression rare dans un match de cette intensité, où la rivalité historique laisse généralement peu de place à la nuance. Du côté de l’ASEC Mimosas, vainqueur et annoncé favori avant la rencontre, la satisfaction est logique. Il s’agissait d’un match à haut risque, presque piégeux. Dans ce type de confrontation, tout autre résultat qu’une victoire aurait été perçu comme une contre-performance. Les Mimosas ont su assumer leur statut avec sérieux, sans tomber dans l’excès de confiance, et repartir avec un succès qui confirme leur solidité dans les grands rendez-vous. Mais le plus marquant se trouvait peut-être de l’autre côté. Les supporters de l’Africa Sports d’Abidjan, heureux de retrouver cette affiche mythique avant le coup d’envoi, semblaient aborder la rencontre avec une certaine appréhension. Face à eux, se dressait une équipe installée au plus haut niveau, quand les Vert et rouge évoluent depuis trop longtemps dans l’ombre de la Ligue 2. La crainte d’un écart important était réelle. Au fil des minutes pourtant, cette inquiétude a laissé place à une forme de soulagement, puis à une certaine fierté. Loin d’être dominés, leurs joueurs ont su répondre présents, rivaliser dans l’engagement et proposer un contenu qui n’avait rien de ridicule. À la fin du match, la défaite était bien là, mais elle était atténuée par la manière. La peur d’être lourdement battus a sans doute rendu ce revers plus acceptable. Mieux encore, elle a ravivé une forme d’espoir : celui de revoir, à terme, leur club retrouver les sommets du football ivoirien. Dans ce contexte, certains faits de jeu, comme ce penalty indiscutable, jugé généreux par les vaincus, leur a permis de nourrir un sentiment d’injustice, notamment auprès de ceux qui n’ont pas assisté à la rencontre. Mais au-delà des débats, l’essentiel était ailleurs. Ce derby a surtout rappelé à quel point cette rivalité manque au football ivoirien. Dans les tribunes comme aux abords du stade, un parfum de nostalgie flottait dans l’air. Mimos et Oyés se sont retrouvés, s’interpellant avec passion mais sans animosité, un sourire au coin des lèvres, comme au bon vieux temps.
Vivement le prochain rendez-vous. Car au-delà du résultat, c’est toute une atmosphère, toute une culture du football qui renaît à travers ces confrontations. À vous de jouer, chers rivaux : vous nous avez manqué.
Benoît YOU
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