Ministère de l’éducation nationale et de l’enseignement technique: voici le chantier qui Attend le Professeur Koffi N'Guessan
Le nouveau ministre de l'éducation nationale aura la lourd charge de redonner ses lettres de noblesse à l'école ivoirienne
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Le Professeur Koffi N'Guessan qui
occupait le poste de ministre de l’Enseignement technique, de
la Formation professionnelle et de l’Apprentissage depuis avril 2021, a été nommé, le vendredi 23 janvier 2026,
ministre de l'Éducation nationale et de l’Enseignement technique,
en remplacement du Professeur Mariatou Koné. À 70 ans, ce technocrate ivoirien qui a dirigé l'École
nationale supérieure de statistique et d'économie appliquée d'Abidjan (ENSEA) pendant 20 ans avant de redresser l' Institut
national polytechnique Houphouet-Boigny (INP-HB) de Yamoussoukro durant une
décennie, a pour mission première, d’imprimer sa vision et son savoir-faire à
l’ensemble du système éducatif ivoirien.Le chantier numéro 1 est la désertification
scientifique, car selon les statistiques, sur 133 518 bacheliers en 2025,
seulement 2 293 viennent de la série C scientifique, soit1,72% à l’échelle nationale.
Comment inverser cette tendance quand les élèves fuient massivement les
sciences ? Comment susciter des vocations scientifiques quand moins de 10% des
écoles publiques ont une salle informatique ? Autant de questions qui attendent
des réponses auprès du nouveau ministre. Il s’agira pour lui, de proposer un
plan d'urgence pour revaloriser les séries scientifiques, équiper massivement
les établissements en laboratoires et salles informatiques, et surtout, rendre
les sciences plus attractives plutôt qu'effrayantes.Le chantier numéro 2 concerne la pénurie d'enseignants
de mathématiques. La ministre sortante l'a constaté avec inquiétude : une
diminution progressive du nombre d'enseignants de mathématiques alors que les
candidats aux concours de recrutement se raréfient. Pourquoi ? Parce que selon
des sources dans le système éducatif, un enseignant débutant gagne peu par mois
pendant que ses camarades diplômés en mathématiques gagnent le double ou le
triple dans le secteur privé. Le nouveau ministre devra donc affronter cette réalité.Le chantier numéro 3 : les infrastructures délabrées.
Le Lycée Scientifique de Yamoussoukro, fleuron de l'excellence ivoirienne, a
des vestiaires en ruine, une piscine abandonnée, des dortoirs qui tombent en
morceaux. Pourtant, il continue de produire des médaillés d'or aux Olympiades. Le
nouveau ministre devra non seulement construire de nouveaux établissements,
mais surtout réhabiliter et équiper correctement ceux qui existent déjà.Le chantier numéro 4 : la qualité de l'enseignement. Le
nouveau ministre devra former et recycler les enseignants et promouvoir une
pédagogie qui élève plutôt que celle qui écrase. Le chantier numéro 5 : l'alphabétisation. Des millions
d'Ivoiriens ne savent ni lire ni écrire. L'alphabétisation reste le parent
pauvre des politiques éducatives. Comment développer un pays quand une partie
significative de sa population ne peut pas lire un mode d'emploi, comprendre un
contrat, ou accéder à l'information écrite ?Le chantier numéro 6 : les grèves récurrentes.
Enseignants sous-payés, syndicats puissants, revendications légitimes mais
souvent mal gérées. Le nouveau ministre devra trouver un équilibre entre
rigueur budgétaire et reconnaissance salariale, entre autorité de l'État et
dialogue social.Koffi N'Guessan arrive avec un atout majeur : une
expérience de gestion exceptionnelle. Il sait aussi bâtir des institutions,
créer des partenariats internationaux, mobiliser des financements. Mais
l'Éducation nationale, c'est une autre échelle : des centaines de milliers
d'élèves, des dizaines de milliers d'enseignants, des milliers d'établissements
dispersés sur toute l’étendue du territoire national.
Solange ARALAMON
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