Dossier : Chicha, ce tueur "savoureux" qui sévit dans le pays





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La chicha, pipe à eau utilisée pour fumer du tabac était jusqu’il y a quelques années, l’apanage, en Côte d’Ivoire, de ressortissants de pays arabes et originaires du Moyen-Orient et d’Asie, est rentrée dans les mœurs de nombreux Ivoiriens. Il n’est plus rare de voir des personnes, en groupe ou seule, fumer de la chicha, au vu et au su de tous. On inhale et on passe le bec à son voisin. En pleine rue, dans des habitations, sur les terrasses des restaurants, tous les lieux sont envahis par les fumeurs de chicha.

La chicha comme un apât


Le constat sur le terrain, c’est que la chicha est fumée partout. Des quartiers huppés aux moins huppés, du "grain de thé" aux plus grands restaurants et surfaces. Tant pis pour ceux qui ne fument pas où même qui ne supportent pas la fumée du tabac. Cette habitude est tellement entrée dans les mœurs qu’elle est devenue une enseigne, une stratégie marketing pour attirer un plus grand nombre de clients. "Bar, lounge, chicha", Bar dancing, chicha", "restaurant-bar, espace", etc., sont entre autres affiches qu’on peut lire devant ces espaces qui ont décidé d’utiliser la chicha pour booster leur clientèle.
Autre fait remarquable sur le terrain. L’âge des consommateurs de la chicha. Ce sont des jeunes, dont la majorité est composée d’adolescents. 14 ans à 18 ans. Interrogé à la rue des jardins, dans un restaurant non loin d’un supermarché, le jeune Ismaël, à peine 16 ans, dit être attiré pour les différents parfums que libère la fumée de la chicha. "Ça sent bon. Ce n’est pas comme la cigarette qui indispose", nous lâche-t-il, un sourire en coin, comme pour dire "vous ne savez pas ce que vous ratez". Juste à côté de lui, sa grande sœur, caissière dans une banque de la place acquiesce, l’air ravi : "C’est mon petit frère qui m’a appris à fumer la chicha. Je n’ai jamais fumé de la cigarette. Mais la chicha a une bonne saveur, un bon parfum. Ça ne gêne pas".

Saveur et parfum mortels

À Abobo, dans le quartier Belle cité (BC), au détour d’un grain (lieu de rassemblement de jeunes gens pour échanger sur toute sorte de sujet), le thé, bien que présent, n’est pas aussi prisé que la chicha. Après un verre de thé, on peut se passer le bec de chicha pendant une quarantaine de minutes avant de revenir au thé. " Ici, on ne dérange personne. Notre thé et notre chicha nous permettent d’échanger pendant des heures. On préfère ça à la drogue. Au moins, on n’a pas affaire aux forces de l’ordre", nous explique celui qui se présente comme le plus âgé. Avant d’ajouter : "une chose est sûre, la chicha est moins nocive que toutes les drogues. Et même de la cigarette. C’est pourquoi on la préfère".
Une affirmation pleine d’ignorance, à en croire les professionnels de la santé. "Non seulement la chicha est toxique, mais en plus, elle expose les fumeurs à des quantités de fumée beaucoup plus importantes que celles de la cigarette, en raison surtout de la durée des sessions de fumage, qui durent environ entre 40 et 60 minutes", explique un médecin rencontré dans un hôpital public à Angré. Selon lui, la teneur de la fumée de chicha, notamment en béryllium, en chrome, en cobalt, en plomb et en nickel, est plus élevée que celle de la fumée de cigarette. Il ajoute que la fumée de la chicha libère au moins 3 à 4 fois plus de goudron qu’une cigarette normale.
Sans se montrer précis, il attire notre attention sur le fait qu’avec la chicha, on a du charbon, le tuyau, l'aluminium, le revêtement du fourneau, la colonne, etc. qui, au contact de la chaleur, peuvent libérer des substances toxiques. En conclusion, il soutient que la chicha, en plus d’être toxique, est aussi cancérigène que la cigarette. Aussi bien pour le fumeur passif que le fumeur actif.
Le praticien qui déconseille le tabagisme sous toutes ses formes fait savoir qu’il est à l’origine de nombreuses pathologies dont le cancer du poumon, cancer de la gorge, infarctus, accident vasculaire cérébral (AVC), bronchopneumopathies...
Au total, on retiendra que la chicha tout comme la cigarette sont dangereuses pour la santé. Et la saveur ou la santé n’atténue en rien la toxicité de l’une ou l’autre. Le tabagisme reste le tabagisme. Il tue.

Modeste KONÉ

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